Le jour où j’ai compris un truc

« Personne n’éduque personne, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde », Paolo Freire

C’est l’idée que nos expériences, notre vécu, les conflits qui sont inhérents à la vie sociale, sont source de savoir. Il faut les pratiques qui permettent de créer du savoir du fait de la « leçon » tirée des expériences, les moyens d’explorer les conflits pour se faire une opinion, les processus qui permettront de transformer ce savoir en force d’agir.

C’est par ordre alphabétique !


E comme Enquête

20 avril 1880,

parution de l’enquête ouvrière de Karl Marx dans la revue socialiste n°4

Parus à part de la revue, à 25 000 exemplaires, le texte d’introduction et l’enquête de Marx seront diffusés auprès de tous les groupes ouvriers, socialistes existants, les syndicats n’étant pas encore autorisés du fait de la loi Le Chapelier.

« En attendant que nous puissions amener le gouvernement républicain […] à ouvrir une grande enquête sur les faits et méfaits de l’exploitation capitaliste, nous allons,[…] essayer d’en commencer une. Nous espérons être soutenus dans notre œuvre, par tous les ouvriers des villes et des campagnes qui comprennent qu’eux seuls peuvent décrire en toute connaissance de cause les maux qu’ils endurent ; qu’eux seuls, et non des sauveurs providentiels peuvent appliquer énergiquement les remèdes aux misères que l’exploitation capitaliste leurs font subir. « 

Le principe est clairement énoncé, il faut faire la preuve sociale de ce qui guide le combat anticapitaliste, et donner les moyens aux ouvriers eux-mêmes de connaitre et faire connaitre leur condition, afin de mieux combattre leur exploitation collectivement.

« enquête sensible », « enquête de conscientisation », ces termes qu’on retrouve aujourd’hui dans le vocabulaire des acteurs de l’éducation populaire, c’est la volonté aussi de comprendre une réalité qu’on ne voit pas dans les médias ou dans la culture mainstream. Les experts, l’oligarchie et le système médiatique ne laissent pas la place à un savoir populaire, où le monde ouvrier a disparu des images, et où les militants ne sont considérés par les partis de l’oligarchie que comme des perroquets qui doivent prêcher la bonne parole.

La complexité du monde est étouffée laissant la violence capitaliste et productiviste écraser les gens et l’écosystème.

L’idée même que les militants ne soient pas les seuls à apporter de l’information au citoyen, mais que le citoyen peut lui aussi apporter une pensée ou un récit de vie utile au combat, est en soi révolutionnaire.

Le militant de la révolution citoyenne saura rendre compte des paroles, des récits de vie, des anecdotes pas si anecdotiques des citoyens qu’il rencontre, parce que c’est l’humain d’abord, et parce que c’est une condition nécessaire à l’entrée en lutte du plus grand nombre.

Enquête ouvrière Marx


F comme Fourmilienne

Dépliant grand ménage de printemps

Affichhe grand ménage de printemps

 


 

G comme Grenoble pour tous

30 mars 2014

La liste « une ville pour tous » gagne à Grenoble

Lors du meeting entre les 2 tours, on passait pour des cons avec nos drapeaux ! C’était un rassemblement de militants de l’intérêt général, pas d’un parti. Dedans les gens « appartiennent à » une association, un parti, un réseau citoyen… Mais le réseau de tous ces gens mobilisés pour changer Grenoble, est ouvert, à tous ceux qui ont une idée qui va dans le sens de la répartition des richesses, de la préservation de l’écosystème, du bien vivre…

C’est un agencement compliqué contrairement aux apparences, un travail de fourmi pour que les gens se rencontrent, aient envie de faire un projet ensemble, se sentent semblables alors qu’ils ont des appartenances et des histoires différentes…

Alors c’est quoi l’alchimie pour ne pas être juste un réseau sympathique « citoyeng » et être prêt à mener le bras de fer contre l’austérité budgétaire, supprimer les subventions à l’élitisme culturel tout en pointant la responsabilité gouvernementale ?

Réponses lundi 2 mars 2015… :

A4 alain dontaine


P comme Privilège

chambotteCette vue est magnifique, n’est-il pas ?

Il s’agit du lac du Bourget, vu depuis la Chambotte. Il y a là un restaurant dont la terrasse surplombe le lac et un spectacle fabuleux, qu’on dévore des yeux, en même temps que de fondants scones chauds, avec de la confiture de myrtille sauvage.

La ville d’eau Aix les bains est en bas. A la fin du XIXème siècle, tous les riches et nobles d’Europe y venaient en cure, dont :

Imagela queen victoria. Qui certes n’était pas la joie de vivre incarnée, et pourtant…

Le petit plaisir de la queen, c’était d’aller à la Chambotte. Mais dites-moi donc, la queen, elle y allait comment tout en haut de la montagne, dévorer la vue en même temps que ses scones ? Elle se prenait en main, montait à pied, à cheval ?

Enfant, j’allais souvent avec mes parents dans ce restaurant, où les cartes postales montrant la queen à la chambotte étaient en vente : elle venait en chaise à porteur !

J’avais 7 ans, et j’ai compris ce qu’était un privilège…


R comme Rapport sur l’instruction publique

Les 21 et 22 avril 1792,

Condorcet présente son rapport sur l’organisation générale de l’instruction publique à l’assemblée nationale législative

Le rapport que propose Condorcet pose les bases du projet éducatif républicain. L’éducation ne saurait être un projet neutre : il s’agit d’un projet adapté à la nécessité de former les citoyens, enfants et adultes, à être des hommes et femmes éclairés.

Hommes et femmes, oui, même si les femmes sont écartées du droit de vote, et si elles doivent se battre pour avoir le droit de s’appeler citoyennes, Condorcet forge un projet où l’éducation est mixte. Cette idée de mixité de l’éducation, au sens de l’idée d’une éducation égalitaire, ne sera ensuite repris que par les mouvements d’éducation populaire du début du XXème siècle.

Mixte, donc, et plus largement, universel, c’est-à-dire gratuit. Il s’agit de rendre l’accès de tous et toutes à l’instruction et l’éducation possible concrètement, parce que sans instruction et éducation, le projet républicain n’est pas possible.

Enfin, Condorcet est vécu avec ce rapport, comme l’inventeur de l’éducation populaire. Quand bien même on peut dire qu’il n’est pas le seul à l’époque à penser et agir pour l’éducation politique des citoyens. Il est clairement écrit dans ce rapport que les adultes doivent avoir les moyens de cultiver leur capacité citoyenne, d’éclairer leur jugement par un accès au savoir libéré de jougs dogmatiques, pour eux, et pour la patrie. On parle d’éducation permanente.

De fait la période révolutionnaire va être un moment propice à des innovations pédagogiques, comme le seront d’autres périodes de crise politique comme la commune, l’après guerre de 14-18, la résistance ou mai 68.

Aujourd’hui où la gratuité du service public d’éducation est mise à mal par la réforme des rythmes scolaires, où les associations d’éducation populaire sont en difficulté du fait des politiques publiques qui financent les associations sur la base de projets annuels et surtout consensuels, où la question de la citoyenneté est réduite à voter de temps en temps, le rapport Condorcet ferait bien d’être relu attentivement. L’éducation politique est plus que jamais nécessaire dans notre époque où le pouvoir est confisqué par les financiers, la complexité des débats anéantie par les médias, alors qu’autant de défis écologiques, sociaux, de choix éthiques au vu des progrès scientifiques devraient être faits par les citoyens de façon éclairée, avec l’égalité et la fraternité en tête.


S comme Solidarité

Même s’il n’y a plus de saison, chaque année théoriquement, l’hiver vient, comme dirait l’autre, et donc aussi l’ouverture des restos du cœur, l’annonce du premier SDF mort de froid et la journée d’ATD quart monde de lutte contre la misère. Ça fait partie des « marronniers » des journalistes, qui se donnent bonne conscience plutôt que de faire leur travail.

Au centre social où je travaillais, on avait essayé d’enquêter auprès des usagers, car on devait réécrire le projet social du centre. Il faut dire que je travaillais à Trappes, c’est à dire qu’au niveau des statistiques on était tranquilles, il suffisait de dire que la chose la mieux partagée était la pauvreté, et grosso modo on avait bon.

incidents-a-trappes-apres-un-controle-deAlors je ne sais pas pourquoi, mais dès qu’on travaille auprès des pauvres, tous les élus et les professionnels de tout poil ne cessent de parler de solidarité. On a donc décidé de demander aux usagers du centre (entre autres),ce que ce mot voulait dire pour eux, en supposant qu’ils allaient nous parler des restos du cœur, des SDF et de la journée de lutte contre la misère.

Voici les réponses auxquelles nous avons eu droit :

  • « c’est quand mes enfants ont droit à une bourse pour faire des études »
  • « c’est quand on est au chômage, on a une carte de transports gratuits »
  • « c’est quand on ne trouve pas de travail, on a une allocation chômage »

Ils ne veulent pas d’une pièce à la sortie de la messe ? Quoi, ils veulent des droits pour pouvoir faire des études, se déplacer et travailler comme s’ils n’étaient pas pauvres ? ah mais ça je ne peux pas le dire aux élus, leur fond de commerce c’est d’avoir des pauvres dépendants de leur bonne volonté !

Bon j’ai quitté mon emploi du coup. Merci la solidarité !

 


 


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